Tout savoir (ou presque) sur les punaises de lit

Les punaises de lit font régulièrement la une des journaux, avec des explosions médiatiques portant le sujet parfois bien au-delà des frontières françaises. Pourtant, ces petites bêtes sont présentes depuis des milliers d’années. Portrait de cet insecte surprenant.


Qu’est-ce qu’une punaise de lit ?

On distingue deux espèces de punaises de lit : Cimex lectularius, la plus fréquente en France métropolitaine, et Cimex hemipterus, présente en zone tropicale. Leurs pièces buccales sont globalement identiques à celles des punaises en général : une paille bien aiguisée - le rostre - grâce à laquelle elles transpercent différentes matières.

La plupart des punaises facilement observables sont herbivores (phytophages) aux stades larvaire et adulte, quelques-unes sont prédatrices et donc carnivores, d’autres enfin, comme nos punaises de lit, sont hématophages. Elles se nourrissent donc de sang et piquent les animaux à sang chaud : humains, plus rarement chiens et chats, laissant ainsi une ou plusieurs traces de piqûres, parfois accompagnées de démangeaisons.

Les punaises des lits pourraient, à l’origine, être des parasites des chauve-souris vivant dans des grottes. Elles se seraient alors acclimatées à une nouvelle espèce cavernicole et grégaire (vivant en groupe) : l’humain.

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Œuf, larve et adulte : reconnaître les punaises de lit

Les punaises de lit adultes ressemblent à des graines de lin, la tête et le thorax étant assez fins contrairement à l’abdomen, ovale et assez large. Elles sont brunes et mesurent environ 5 à 6 mm de longueur.

Les larves sont beiges, légèrement translucides et évidemment plus petites que les adultes avec leurs 1 à 3 mm de long. Les œufs ressemblent à de tous petits points blancs, presque invisibles à l’œil nu.

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Ne pas les confondre avec :

  • Les anthrènes: souvent observés sous forme larvaire, ils sont à la recherche de matière organique sèche (au dernier stade de décomposition), comme les textiles (naturels), la laine et le coton, mais aussi les squames (peaux mortes), les cheveux, les fourrures et le cuir ou encore des insectes morts. La larve ressemble à une toute petite chenille poilue de 3 ou 4 mm.

  • Les poissons d’argent (ou lépismes) : amateurs de milieux sombres et humides, ces insectes se nourrissent de poils, de poussière, de fibres, de moisissures etc… Il est votre aspirateur auxiliaire !

  • Les autres espèces de punaises: si les punaises que vous observez présentent des ailes visibles et développées, vous pouvez être sûrs que ce ne sont pas des punaises de lit.

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Quelles traces laissent les punaises de lit ?

Certains indices permettent de repérer la présence de punaises de lit : leurs déjections qui laissent des traces noires. Ces différentes traces peuvent se trouver dans tous les recoins d’une pièce ou sur divers objets (valises, sacs, revers d’habits, etc…). Vous pensez avoir des punaises de lit ? Un test simple pour le confirmer consiste à soulever le matelas du lit ou les coussins du canapé : des punaises s’y trouveront systématiquement écrasées si leur présence est avérée.

Vie et mort d’une punaise de lit

Le cycle de vie de ces insectes est assez rapide, de l’ordre de 50 à 70 jours, ce qui se retrouve chez de nombreuses espèces parasites. En effet, cette stratégie reproductive fait le « succès » des punaises de lit : donner naissance à une très grande descendance sans porter de soins car « certains vont forcément survivre ! ». Les œufs étant nombreux, détecter leur présence est rapide, mais le combat peut alors s’avérer difficile.

Reproduction : punaise, elles pratiquent le polyamour !

Les punaises de lit se reproduisent d’une manière particulière : l’insémination extragénitale traumatique. Ce mode de reproduction se rencontre chez certaines punaises ou chez certains vers. Les mâles possèdent un pénis perforateur en forme d’aiguille acérée qui leur permet de pénétrer l’abdomen d’une autre punaise, presque à n’importe quel endroit, et donc pas nécessairement par les voies naturelles ! Deux cas de figures se présentent alors :

  • La punaise est une femelle ? La semence migre dans l’hémolymphe (l’équivalent du sang chez les insectes), grâce à une adaptation anatomique, jusqu’aux organes génitaux.
  • Et si la punaise est un mâle ? Cette situation est loin d’être anecdotique car il semble que près de la moitié des accouplements soient pratiqués entre mâles ! Il s’agit là d’un cas extraordinaire, puisque la semence du donneur migre jusqu’aux conduits mâles (spermiducte) et se mélange avec celle du receveur. Ainsi, lorsque le receveur s’accouplera, il libérera les spermatozoïdes des deux mâles (donneur et receveur) . Cette prouesse a pour effet d’assurer la reproduction du donneur, tout en augmentant la variabilité génétique de l’espèce !

La méthode de reproduction de ces insectes n'est pas sans impact sur les populations : très portés sur la chose, les mâles sont capables d’avoir des dizaines de rapports sexuels en une seule journée, libérant de grandes quantités de sperme. Cela a pour effet d’augmenter la mortalité des femelles, dont l’espérance de vie peut alors être réduite de 24 à 30 % !

Comment les punaises de lit se dispersent-elles ?

La transmission des punaises de lit s’effectue de deux manières :

  • de façon active : les punaises se déplacent d’une pièce à l’autre, rarement en journée, mais plutôt lorsque la luminosité est faible, car elles sont lucifuges (elles fuient la lumière). Elles passent parfois par les conduits d’aération lorsque la population est bien installée. Ce format de transmission n’est pas le plus rapide, on n’a pas affaire à des cicindèles (qui peuvent atteindre une vitesse de course de 8km/h, ce qui est énorme pour un insecte !
  • de façon passive : ce mode de transport est particulièrement efficace pour coloniser de nouveaux habitats. En déposant nos affaires (sac, valise, manteau…) là où les punaises sont présentes, nous pouvons les emporter dans de nouveaux lieux. Pour limiter la propagation, évitez si possible de poser des affaires sur les lits/canapés dans des locations, hôtels, moquettes des trains, puis chez soi. Vous pouvez également vérifier les chambres d’hôtel ou location en arrivant.

Qui sont les prédateurs des punaises de lit ?

Les punaises de lit ont évidemment des prédateurs ! Ce sont notamment les scutigères et les araignées qui vivent à nos côtés dans nos logements. Il est risqué d’espérer la disparition totale des punaises de lit par l’action de ces prédateurs, mais ils peuvent rendre leur installation plus complexe. Notez que ces prédateurs ne présentent absolument aucun danger pour les humains.

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Comment prévenir l’apparition de punaises de lit

Afin d'éviter l'invasion de punaises de lit chez soi, il est possible de prendre certaines précautions. Comme dit précédemment, dans une location d’appartement privé ou une chambre d’hôtel, en cas de doute, évitez de poser valises, sacs ou vêtements sur les lits ou canapés. Vous pouvez également inspecter les matelas, canapés et plinthes… Inspectez (et nettoyez si besoin) également les meubles et vêtements de seconde main.

Comment venir à bout des punaises de lit

Par la lutte mécanique

Si la présence de punaises de lit est avérée, un nettoyage en profondeur à l'aide d'un aspirateur à embout fin est conseillé. Attention : l’aspirateur ne tue pas les punaises de lits ! Il faudra donc bien mettre le contenu du sac d’aspirateur dans un sac hermétique et le placer dans un congélateur durant 48 heures ou plusieurs heures en plein soleil, puis bien laver son aspirateur (filtre, etc.). Les nettoyeurs à vapeur permettent également de nettoyer les plinthes et recoins difficiles d’accès. L’utilisation de la terre de diatomée, un produit naturel à base de silice, est également préconisée. La terre de Sommière est une alternative écologique découverte récemment parmi les plus efficaces ! 3 min d’exposition suffisent pour tuer les punaises dans les 24 h. Le produit adhère à la cuticule et assèche l’insecte : simple, efficace et sans danger. Une étude menée par des chercheurs du CHU de Nice et de l'Institut hospitalo-universitaire (IHU) Méditerranée Infection de Marseille. D'après ces travaux, trois minutes d'exposition à ce détachant suffisent à tuer les punaises de lit par déshydratation en 24 heures. "Lorsque la punaise va passer dessus, le produit va adhérer à la cuticule et absorber tout ce qui est gras de l'extérieur de la cuticule de l'insecte et donc les assécher tout simplement. C'est un produit qui agit par l'absorption du contenu liquide de l'insecte", explique Jean-Michel Berenger, membre de l'IHU de Marseille et fondateur de l'Institut national d'étude et de lutte contre la punaise de lit (INELP). Pour le linge : laver à 60 degrés en machine. Pour tout autre objet : passer au congélateur pendant 48-72 heures.

Par la lutte chimique

Certaines huiles essentielles (Arbre à thé, Eucalyptus, Menthe) repoussent les punaises. Certains insecticides naturels peuvent être employées, comme la pyréthrine, tirée du Chrysanthème (ou Pyrèthre) de Dalmatie. Et bien évidemment, il existe des insecticides de synthèse, mais compte-tenu de leur toxicité pour les animaux, les humains et l’environnement, mieux vaut les proscrire. Le monde est déjà bien assez pollué ainsi et il est impératif d’avoir recours à d’autres solutions moins dangereuses. De plus, les insectes comme les punaises, régulièrement en contact avec ces produits, ont développé des résistances. Il serait donc contre-productif de s’intoxiquer plus que les punaises. Enfin, un délai doit être respecté après pulvérisation avant de réintégrer votre logement. Il n’y a donc aucun véritable avantage à utiliser des produits de synthèse.

Concernant les moyens curatifs, quelques exemples ont été cités, mais la liste n’est pas exhaustive. Vous pouvez vous renseigner en cliquant sur les liens suivants :

Punaises de lit et idées reçues

« Mais les punaises de lits, c’est un problème d’hygiène ?! »

FAUX. Avoir des punaises de lits chez soi n’est pas synonyme d’un manque d’hygiène. Ce n’est juste « Pas de chance ! ». En revanche, lorsque les punaises sont installées, il est essentiel de ne pas faire d’impasse sur l’hygiène régulière de l’habitation ainsi que les démarches décrites ci-dessus.

« L’invasion des punaises de lit s’est fortement intensifiée en 2023 »

Les punaises de lits existent depuis bien longtemps, les plus vieilles espèces ont plus de 100 millions d'années et étaient contemporaines des dinosaures ! Des traces d’autres espèces de punaises de lit ont été retrouvées dans des grottes de chasseurs-cueilleurs datées de plus de 11 000 ans. Enfin, il semble que l’espèce actuelle peut infester les habitats humains depuis plus de 3 500 ans. La population de punaises de lit avait chuté depuis les années 50 sous l’effet des insecticides chimiques, ce qui n’est pas sans conséquences pour notre santé et l’environnement. Mais depuis plusieurs années, les populations semblent augmenter. Il n’y a cependant pas eu de pic particulier en 2023*… Sauf dans les médias et les réseaux sociaux qui se sont emparés du sujet, créant une forme de psychose.

Plusieurs facteurs peuvent expliquer cette hausse :

  • L’augmentation des voyages et des locations d’appartements privés ;
  • Une résistance croissante des punaises de lits aux traitements chimiques.

Néanmoins, les « suspicions » de punaises de lits sont bien plus importantes que les cas avérés de leur présence. Les spécialistes appelés pour effectuer des désinsectisations de punaises se trouvent très souvent face à d’autres espèces, bien différentes, comme les anthrènes ou poissons d’argent déjà évoqués.

« Les punaises de lit transmettent des maladies »

Les punaises de lit ne sont pas vectrices de maladies (ouf !). Ce n’est pas le cas de toutes les punaises : cantonnée à l’Amérique du Sud, certaines punaises hématophages, appelées triatomes (de la famille des réduves), peuvent transmettre la maladie de Chagas via leurs excréments infectés par un protozoaire (Trypanosoma cruzi). Mais elles n’ont rien à voir avec nos punaises de lit.

*En 2023 de nombreux articles ont été partagés, écrits, transmis etc… sur le sujet, créant une impression d’omniprésence des punaises de lits. Les cas « habituels » de punaises de lit prenaient donc, de ce fait, une toute autre dimension.

Rédaction : Alexandre Turpain et Hugues Mouret, ARTHROPOLOGIA

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